Témoignage d'Aline - Juillet 2015

Mon histoire, du choc douloureux à la reconstruction 

Samedi prochain Gabriel aurait eu 6 ans.

Cette année le 2 mai tombe un samedi, exactement comme en 2009, alors ça résonne encore plus fort en moi. Notre petit garçon était très attendu, c’était notre premier enfant ! Après une grossesse sereine et sans inquiétude l’accouchement a été une véritable catastrophe… Un césarienne était prévue à cause de la position en siège difficile de notre bébé, mais notre petit bonhomme est quand même arrivé par voie basse, ce premier accouchement qui dans les livres est censé duré entre 8 et 15h a duré en tout et pour tout 3h15. 3 mots pour le décrire : irréel, fulgurant et violent.

Après 3 jours en néonat durant lesquels nous étions plein d’espoir, ne sachant pas vraiment à quoi s’en tenir, le verdict est tombé suite à des examens plus poussés : Les noyaux gris du cerveau son atteint et Gabriel souffre d’une très grave malformation cardiaque inopérable, il ne faut pas s’acharner et le laisser partir. Le choc, le refus, la colère contre le monde entier et contre moi-même avant tout, je n’ai pas pu le protéger, je n’ai pas senti qu’il n’allait pas bien et maintenant il fallait accepter l’inacceptable … 

Après avoir choisi de le faire baptiser, nous nous sommes dit au-revoir, pas Adieu car depuis ce jour il fait parti de nous, il est notre force, notre confident, et il nous a offert le Bonheur de devenir parents. Cependant la blessure était immense et si on voulait s’en sortir et croire de nouveau en la vie, il allait falloir trouver de l’aide …

C’est en néonat qu’on nous a remis un petit feuillet présentant l’association, et sur ce feuillet, il y avait le couplet d’une chanson de Lynda Lemay, ma chanteuse préférée, je me suis dis que c’était un signe … Dans ces moments là on est partagé entre l’envie d’être aidé, conseillé, accueilli avec notre souffrance et en même temps on ressent aussi le besoin d’aller se planquer au fond d’une grotte, de se couper du monde et d’hiberner pour ne plus sentir la douleur.

Pourtant dès le mois suivant, nous avons sauté le pas et avons rencontré Françoise. Elle nous a accueillis avec son sourire, sa merveilleuse empathie et son écoute rassurante. Nous savions alors que nous ne serions plus jamais seuls pour faire face à la perte de notre tout petit.

Premier groupe de parole, première rencontre avec toutes ces personnes qui portaient la même cicatrice que la notre, encore béante … C’est un mélange de soulagement de savoir qu’on n’est pas seuls à ressentir ce que l’on ressent et de douleur multipliée de savoir que d’autre petits trésors sont partis eux-aussi et que leurs parents sont dans la même détresse et même souffrance que nous. Ecouter l’histoire de chacun peut s’avérer une véritable torture, parce que chaque mot résonne, on s’identifie, on comprend si bien cette douleur … J’avais parfois l’impression de ressortir du groupe en ayant perdu plus un mais 8 bébés. J’étais la maman de coeur de chacun.

Mais le groupe c’est aussi la source d’une force immense, là où on peut prononcer chaque mot, là où on peut exprimer sa culpabilité ou sa colère. On a finalement tous besoin d’un coupable : Soi-même, les médecins, Dieu … Parce qu’il y a forcément un coupable quand on vit l’inacceptable, c’est ce que l’on croit en tout cas. Au sein du groupe, j’ai très rapidement sentie une véritable cohésion, chaque mois j’avais hâte d’arriver à la date où je retrouverai mes compagnons de larmes, les seuls avec mon mari à pouvoir comprendre, à pouvoir accepter que 6 mois après je parle de ce drame avec toujours autant de ferveur, de tristesse, de mal-être. Au dehors, la famille et les mais sont à l’écoute, mais au bout de quelques mois on nous conseille quand même de passer à autre chose, on nous sourie de façon gênée, et on nous donne le conseil fatidique « il faut refaire un bébé très vite ! ». Il y a heureusement quand même des amis très proches avec qui je peux parler librement et sincèrement de Gabriel 6 ans après.

Nous avons participé au groupe de paroles pendant 10 mois environ, j’ai été la première maman à être de nouveau enceinte, et malgré toute la joie qui grandissait en moi, je me sentais comme coupable face aux autres mamans, et je tentais tant bien que mal de dissimuler mon ventre qui s’arrondissait de plus en plus. C’est étrange, c’est comme si je n’étais plus légitime pour exprimer et partager ma peine, parce qu’au présent j’allais de nouveau être maman. J’avais envie aussi de m’exprimer sur mes angoisses et mes craintes face à cette nouvelle grossesse, mais ça me semblait trop bizarre et déplacé d’en parler en présence de toutes ces mamans, mes nouvelles amies de coeur,  qui ne supportaient pas la vue d’un ventre rond, comme moi il y a quelques mois encore.

J’ai donc compris qu’il était temps pour moi de continuer ma route autrement, en emportant avec moi la richesse d’émotions, de partage, de soutien et d’écoute acquise au sein du groupe. 

Les liens avec les autres parents sont très forts encore aujourd’hui, c’est toujours un immense plaisirs de se retrouver, nous sommes liés par nos histoires, par nos douleurs et nos espoirs et surtout par nos merveilleux petits trésors.

Après Gabriel est donc arrivée parmi nous notre petite Valentina. Je pense que ce n’est pas évident pour un petit être d’arriver après un tel drame, de trouver sa place. Et pourtant nous avons réussi à lui offrir cette place, pas celle de son grand frère, mais bien la sienne. Et il y a 18 mois, notre petit Manoé nous a rejoint, un nouveau rayon de soleil dans nos vies. Ce n’est pas toujours facile de devenir maman quand on a l’impression d’avoir perdu un morceau de son coeur, et pourtant, ce coeur meurtri se reconstruit. Le plus difficile pour moi c’est d’apprendre à vivre avec ces angoisses qui désormais ne semblent plus vouloir me lâcher, cette peur continuelle de perdre ceux que j’aime le plus au monde, même s’ils sont là, en bonne santé, en train de rire, de jouer, j’ai parfois peur que tout s’arrête.

Venir chaque année aux évènements proposés par L’ADEP est toujours un plaisir, c’est un petit peu la famille, on s’y sent bien. J’espère de tout mon coeur que les parents arrivés depuis peu, ceux dont la cicatrice fait encore si mal, puissent trouver auprès de nous tous un peu de réconfort et voir briller l’Espoir de la reconstruction par le partage et l’Amour.

JUILLET 2015
 

"Au revoir" au groupe d'entraide

 

Retrouvez le témoignage de Stéphanie P. qui quitte le groupe d'entraide après y avoir participé durant plusieurs mois suite au décès de sa petite fille Camerone.

 

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Mamie de Nelia

Autrefois, j'ai parfois posé un regard perplexe sur ces grands mères

par trop attendries et admiratives de leurs petits enfants;

et puis Nélia est venue

et j'ai découvert un monde qui m'étais alors inconnu.

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Lettre à Solenn

"J'avais peur de la laisser sur le bord du chemin.

Ma petite Solenn. 

Ma douce.

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Témoignage de A. & E. parents d'Alexandre

18 janvier 2011, 6 mois de grossesse, le verdict tombe : « Désolé Madame, Monsieur, la grossesse s’est arrêtée ». Un raz-de-marée vient de traverser notre vie : notre petit garçon est mort. Nous sommes perdus et n’arrivons pas à accepter ce qui pour nous représente une injustice. Pourquoi nous, pourquoi notre Bébé ?

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2017  Adep 56   Créé par A.M.