Mamie de Nelia

Autrefois, j'ai parfois posé un regard perplexe sur ces grands mères

par trop attendries et admiratives de leurs petits enfants;

et puis Nélia est venue

et j'ai découvert un monde qui m'étais alors inconnu.

 

J'étais, tour à tour,

devenue tante, puis marraine et enfin mère; mais rien ne m'avait

préparé à ce merveilleux cadeau de devenir mamie. C'est une

sensation nouvelle, un émoi insoupçonné, c'est cet étrange

sentiment de passer le relai, de devenir la génération d'après,

sans peur et sans regret.

Lorsqu'on devient maman de

son enfant, on est encore la fille de sa mère

et, avec un peu de chance,

on se compose dans ce double attachement.

Lorsque je suis devenue

grand mère, j'ai rencontré l'enfant de mon enfant, la fille de ma

fille et les places ont changé, sans heurts, comme la course d'une

étoile sur la ligne de la vie.

En naissant, Nélia me

passait le relai, je n'étais plus seulement un guide sur le chemin

de Madalen,

je devenais ce regard

indulgent sur leur histoire de mère et de fille.

Je faisais partie de

l'aventure, mais en toute discrétion.

Et pourtant, je me sentais

emplie d'une joie intense, cette petite fille me redonnait le goût

de l'avenir, le plaisir d'imaginer des moments partagés, des

découvertes rien qu'à nous;

Ma fille devenait

gardienne de la vie de Nélia et commençait avec elle, le

merveilleux chemin de la maternité; et moi, je devenais la promesse

des goûters partagés, des carambars complices et des souvenirs à

déguster.

Je me retrouvais à cette

place jusqu'alors occupée par ma mère et je m'en réjouissait;

aucune peur de vieillir, juste un immense bonheur comme

l'accomplissement de mon propre parcours de maman.

 

 

Comment aujourd'hui,

parler de ces Noëls imaginés, de ces rires rêvés alors que plus

rien n'existera?

Comment renoncer à ses

premiers pas,

à ses bougies soufflées

qui auraient accompagnées le gris de mes cheveux

et qui m'auraient tant

comblées?

 

 

Elle n'est plus là. Et

pourtant, elle ne me quitte jamais.

Je la regarde tendrement

sur les précieuses photos où elle sera à jamais ce bébé

extraordinaire qui me sourit; ces photos que je garde précieusement

avec moi

sans me résoudre à

toutes les imprimer car il n'y en aura pas d'autres.

Je regarde la joie de ses

parents quand ils la tiennent bien au chaud, au creux de leurs bras

et je veille à respecter

leur douleur;

car, malgré tout l'amour

qui m'unit à ma fille, et maintenant à l'homme qu'elle a choisi

pour partager sa vie, malgré ce grand chagrin qui m'habite,

je ne saurais jamais le

vide et la souffrance qui sont devenus leurs tristes compagnons.

 

 

Je ne suis qu'une grand

mère sans raison de l'être, une mamie sans bisous à offrir;

je ne suis qu'une femme à

qui le destin a volé l'enfant de mon enfant;

si je l'ose, je peux

peut-être imaginer que d'autres rires d'enfants résonneront dans ma

maison, mais je n'oublierais jamais ma petite Nélia car c'est elle

qui m'a fait mamie

et qui m'a redonnait le

goût d'y croire.

 

 

Pour elle, je me dois de

garder vivant son souvenir et le bonheur qu'elle a donné à chacun

d'entre nous pendant sa courte, mais précieuse, vie.

Pour elle, je me dois de

respecter la promesse que je lui ai faite de veiller sur sa maman.

Le temps viendra où la

douleur laissera la place à la tendresse des souvenirs et Nélia

trouvera sa place au creux de nos cœurs.

Je t'aime, ma douce petite

fille, je t'aime à jamais.

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2017  Adep 56   Créé par A.M.